Journaliste, écrivain, il était aussi rédacteur en chef du très cité Bulletin de la Banque Royale
Alan Hustak
The Gazette
Robert Stewart, décrocheur autodidacte devenu écrivain, essayiste et journaliste de renom, est décédé du cancer à l’hôpital Royal Victoria de Montréal le 28 décembre 2003, à l’âge de 65 ans.
Il avait publié en 1979 son premier livre — Sam Steele: Lion of the Frontier, une biographie du plus célèbre « Mountie » de l’histoire canadienne, le commissaire de la Police montée du Nord-Ouest durant la rébellion de Louis Riel en 1885 —, mais c’est surtout à titre de rédacteur en chef méconnu du Bulletin de la Banque Royale pendant 22 ans qu’il a écrit, anonymement, la plupart de ses meilleurs textes.
Le populaire bulletin était distribué gratuitement aux clients de la banque jusqu’à ce qu’on cesse de l’imprimer en 2001 pour le diffuser sur Internet.
« Robert était un essayiste au talent extraordinaire, un homme doux, réfléchi, et aussi un excellent historien, a fait remarquer David Moorcroft, premier vice-président aux communications d’entreprise de la Banque Royale. Il tirait de l’histoire des perles de sagesse qu’il savait intégrer avec finesse à ses écrits, toujours intelligents, profonds et empreints de discernement. »
« Au sommet de sa popularité, le bulletin était diffusé à plus d’un million d’exemplaires, a poursuivi M. Moorcroft. C’était une des publications les plus citées dans le monde. »
Robert Stewart est né le 23 septembre 1938 à Kenora, en Ontario et a grandi à Schreiber, un poste divisionnaire du Canadien Pacifique sur la rive nord du lac Supérieur. Il a abandonné l’école en dixième année afin de travailler pour un journal de Huntsville. Il a ensuite déménagé à Manitoulin, puis à Cornwall, Pembroke et Ottawa. Ses études supérieures, il ne les a faites qu’après avoir gagné une bourse des journaux Southam en 1966, qui lui a permis d’étudier les sciences politiques et l’histoire du Canada à l’Université de Toronto.
« Tout ce que je sais de l’écriture, je l’ai appris en travaillant pour divers journaux, a-t-il dit un jour, et j’avoue que c’est grâce à plusieurs bons rédacteurs en chef.»
Robert Stewart s’est bâti au fil des ans une solide carrière de journaliste, accédant au poste de directeur de la rédaction du Financial Times of Canada. Il a également écrit pour les magazines Time et Reader’s Digest, et plusieurs de ses articles sont parus dans les pages d’opinions du quotidien The Montreal Gazette.
Fervent de pêche au saumon et à la mouche, il écrivait aussi pour des revues de plein air et de voyage. Il était en outre l’auteur de service pour les discours d’innombrables chefs et cadres d’entreprises, un travail de l’ombre pour lequel on ne l’a jamais reconnu publiquement.
« Il était excellent à l’arrière-scène, souligne son collègue et ami de longue date Roy Howard. Et s’il y avait quelqu’un qui pouvait livrer régulièrement un texte philosophique sur demande, c’était bien Bob. C’était un pigiste modèle. »
Roy Howard ajoute qu’il se souviendra toujours de l’inépuisable mémoire de Robert Stewart qui « connaissait par cœur toutes les chansons populaires des années trente et quarante. Et non seulement pouvait-il chanter un nombre stupéfiant de chansons, il écrivait des pastiches coquins de ces chansons, des parodies peu appropriées aux oreilles du grand public. »
Robert Stewart a commencé à rédiger le Bulletin de la Banque Royale en 1978 et en est demeuré le rédacteur en chef jusqu’à ce qu’on cesse de l’imprimer, en 2001. Il disait que ce travail constituait un plus grand défi qu’il ne l’avait imaginé au départ.
« Il faut avoir une bonne idée à presque chaque phrase, a-t-il déclaré à un reporter. Ça demande énormément de réflexion, on ne peut pas se laisser aller. Et en plus, contrairement à ce que j’ai fait pendant des années dans les journaux et les magazines, il ne s’agit pas ici de rapporter des faits ou les propos de quelqu’un. »
Ce conteur attachant, qui avait un penchant pour le bon scotch, nous a quittés alors qu’il était en train d’écrire The Sitting Bull Affair, l’histoire des événements qui ont suivi la fuite au Canada du chef de la nation Sioux après qu’il eût massacré les 220 hommes du général Custer à Little Big Horn, au Montana, en 1876. Sitting Bull et ses guerriers avaient alors cherché refuge dans le Nord-Ouest canadien, déclenchant des tensions diplomatiques entre le Canada et les États-Unis.
La collection complète des articles écrits par Robert Stewart pour le Bulletin de la Banque Royale se trouve en ligne à www.rbc.com/communautaire/bulletin/ .